Comment j’ai mis la main sur 200 recueils de la collection Orphée

La collection Orphée, ce sont 221 recueils de poésie en format poche (c’est à dire pas cher du tout – entre 5 et 7€-, vu le trésor qu’on a entre les mains), tous bilingues (on pourrait croire que c’est la norme pour la poésie traduite ; hélas, non). La ligne éditoriale définie par Claude-Michel Cluny (lui-même poète) : représenter la poésie de tous pays, de toutes époques.

Autant dire que l’autre grand éditeur français de poésie en format poche (mais pas systématiquement bilingue, à la mise en page pas franchement terrible), Gallimard, a de la concurrence.
En une dizaine d’années, 220 recueils sont (ont ?) parus : des classiques du monde entier, même dans des langues très peu traduites (les pantoums malais, par exemple), mais aussi des poètes contemporains, (à l’oeuvre déjà reconnue dans leur pays), souvent traduits pour la première fois en français. Un exemple : le poète tchèque Zbynek Hejda a été publié dès 1989, mais il faudra attendre 2008 pour que d’autres éditeurs s’intéressent à lui (Cheyne, Fissile). Bref, la collection Orphée a souvent eu du flair, grâce a son excellent directeur de collection, C-M.C.
Débutée en 1989, elle a du être suspendue en 1998 pour des raisons financières. Concrètement, depuis les années 2000, on ne pouvait trouver les recueils que chez les bouquinistes.
Cela faisait donc des années que j’en achetais à la moindre occasion, depuis le lycée en fait, en commençant chez Urscheller-Vincent, mon libraire adoré où passait tout mon argent de poche (photo de l’article).
En 2010, j’avais réuni sans trop d’efforts, un peu au hasard, 25 recueils de la collection Orphée. Et puis un jour, j’ai demandé à Mr Di.na.li (chez lui, c’est une bonne partie de ma bourse d’étudiante d’alors qui a financé l’achat des livres d’art Taschen, etc.) s’il n’y avait pas moyen de se procurer plus de recueils, oh, disons, juste les 200 qui me manquaient…
Je me disais qu’il devait surement connaitre un soldeur, qui connait un autre soldeur, qui connait un… bref, le réseau du livre d’occasion.
Il m’a dit (double point, saut à la ligne, tiret, ouvrir les guillemets, pause mélodramatique) :
-« oui »
J’ai mis quelques secondes à me remettre du choc, et puis nous avons négocié. En réalité, je n’ai fait que hocher la tête à tout ce qu’il disait, j’étais prête à lui donner mon rein de toute façon.
Presque un an plus tard, j’étais l’heureuse détentrice de 200 recueils de la collection Orphée (pas mal, sur les 221 existants), achetés d’occasion. Et non, je ne les ai pas encore tous lus.
Mais là où je jubile, me frotte les mains,trépigne de joie (vous avez compris), c’est qu’un an après, en juin 2012 (tout le monde suit ?) , alors que je déambulais dans les allées du Marché de la poésie place saint Sulpice à Paris, j’apprends que les éditions La Différence relançait la collection ! Ce qui signifie rachat de stock chez les soldeurs et réimpression des épuisés, désormais au prix de 5 euros (évidemment, je les ai eu pour bien moins).
Une histoire qui ressemble à conte de fée éditorial : Claude Mineraud, un financier qui n’a jamais abandonné son amour pour la littérature s’est associé -et son capital avec- à l’éditrice actuelle, Colette Lambrichs, à qui il a dit :
« Vous êtes pour moi une chance inespérée car, si nous décidons de nous associer, je vais pouvoir poursuivre ma vie professionnelle en exerçant un métier qui correspond à mes lointaines aspirations. Mais, pour vous aussi, je suis une chance inespérée puisque, si j’en avais le pouvoir, je sanctionnerais très durement les particuliers ou les sociétés qui réfugient dans les paradis fiscaux un argent devenu aussitôt, de ce fait, illégal, illégitime, et parasitaire. C’est dire que je suis prêt à investir dans les Éditions de la Différence, quels qu’en soient les risques, les sommes nécessaires à sa restructuration ».
Et un peu plus loin :
« Les Éditions de la Différence ont pu, en outre, reprendre une collection de poésie qu’elles avaient dû, pour des problèmes de trésorerie, abandonner il y a 14 ans : nous relançons, le 24 mai 2012, « Orphée », une collection de poésie de poche bilingue qui est certainement l’une des toutes premières de l’édition française. »
Toute l’interview est sur le site ActuaLitté.
Claude-Michel Cluny a repris du service (83 ans, quand même) et depuis, a fait paraître Adonis et Prokosch (6 nouveautés prévues par an).