Acte de naissance / Leonard Nolens

Profitant du passage d’amis amstellodamois (depuis que je propose un extrait audio, je suis constamment à la recherche de polyglottes) j’ai exhumé de ma bibliothèque les traductions néerlandaises proposées par la collection Orphée.

Nolens2015

Kees, mon lecteur néerlandais, avait donc le choix entre Leonard Nolens et Van de Woestijne. Nolens l’a emporté.

Né en 1947, Nolens est un poète belge qui écrit en néerlandais, et il a l’insigne honneur d’être le premier poète encore vivant évoqué dans ce blog. Il a publié 30 recueils (le dernier remonte à 2012) et s’est vu décerner pas moins de 12 prix littéraires (et je ne parle pas de prix de poésie de la ville fleurie de trifouillis-les-oies). Reconnaissance ultime, il a sa page wikipedia.

La poésie de Nolens est intimiste et pensive, dépouillée. Zen, même, d’après sa traductrice Danielle Losman : « Leonard Nolens a lu le Tao. des passages de son Journal ont une couleur Zen tout à fait caractéristique : …vivre comme un arbre…Écrire comme vole un oiseau, sans perturber le blanc du nuage. Toute son oeuvre est empreinte d’un certain nihilisme, du sentiment de l’éphémère…« 

Beaucoup de poèmes de ce recueil semblent rentrer dans deux catégories : poèmes d’amour et d’amitié (Kees a justement choisi de lire « poème pour un ami ») ; et les poèmes explorant toutes les possibles combinaisons de la langue et la pensée, parole et silence.

Pour Nolens, c’est comme si la pensée et les mots qu’on enfante vivent leur propre vie, complètement détachés de l’esprit et la bouche qui les a crée. D’où « l’acte de naissance » du titre du recueil ? Les poèmes de cette catégorie sont tellement virevoltants et adroits qu’ils me laissent toute étourdie (ok, ils me retournent le cerveau) Quand ces vers là apparaissent, le son et le rythme prennent le pas sur le sens (une autre façon de dire que je n’y ai sans doute rien compris, mais que je me suis laissé portée par la musique des mots)

voici un florilège:

vie pense à ta vie. ta pensée pense a ta pensée (je leven denkt aan leven. je denken denkt aan denken)…

ta vie est assise dans une chambre, ta vie pense à ta vie sans sujet. (zit je leven in een kamer, denkt je leven aan je leven zonder onderwerp)

toi, l’océan et ta vie marchez sur la plage…ta parole parle à leur parole..

Et s’il fallait une preuve que les poètes vont dans la subtilité de la langue (Nolens a une formation de linguiste, ça aide) et cherchent le mot précis, je vous offre le mot…Sémantème (tiré du poème Formes de se taire / Vormen van zwijgen) : Partie du mot porteuse de la signification lexicale ; base lexicale.  le sémantème peut être considéré comme approximativement exprimé par la racine.

Sémantème, dans le poème, désigne ses parents. Je ne suis plus ni fils ni voyant. / Mes parents, je les connais encore / comme un sémantème retrouvé par hasard. / Les endroits où ils reposent ensemble / à l’abri du vent, au nord-est de ma main, / je les ai marqués de rouge sur cette carte, / comme le fait le rêveur qui ne part jamais. / …

Et maintenant que nous connaissons ce mot, amis lecteurs, je vous défie de le placer dans une conversation !

Un mot sur mes lecteurs : Julia est française, Kees est néerlandais. Ils vivent aux Pays-Bas, mais l’hiver venu, ne manquent jamais d’effectuer un pèlerinage qui les mène tout droit à la cabane à vin chaud « chez Mathilde » place Broglie, durant le marché de Noël à Strasbourg.

Acte de naissance / Leonard Nolens. Traduit du néerlandais et présentation par Danielle Losman. La différence (Orphée), 1994.

couv_Leonard_Nolens_OrpheeActe de naissance / Leonard Nolens. Traduit du néerlandais et présentation par Danielle Losman. La différence (Orphée), 1994.