Andrée Chedid dans l’anthologie Cent poèmes pour ailleurs

Avant que ne me vienne l’idée de compléter d’un coup la (quasi-totalité) collection Orphée, j’en possédais déjà  une quinzaine de recueils, acquis au fil des années. Celui ci est l’un des premiers (avec Attila Joszef). J’y ai même inscrit la date à l’intérieur : Février 2000. Je l’avais trouvé dans une librairie d’occasion, aujourd’hui disparue.

Dans cette anthologie consacrée au voyage, il y a  les incontournables : Claudel, Cendrars, Velter, Segalen, Thiry ;  les classiques : L’invitation au voyage de Baudelaire,  extrait des Regrets de Du Bellay, inspiré par son voyage à Rome.

Mais le voyage est aussi intérieur. Le poème « La vie voyage » d’Andrée Chedid, découverte avec ce recueil, en même temps que Mallarmé avec son poème Brise marine reste le seul dont je me souviendrais plus de dix ans après.

Il est lu par Sophia, grande voyageuse, grande lectrice, mais moins de poésie, elle est un peu stressée.

Aucune marche

Aucune navigation

N’égalent celles de la vie

S’actionnant dans tes vaisseaux

Se centrant dans l’îlot du cœur

Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration

Aucune géologie

Ne se comparent aux circuits du sang

Aux alluvions du corps

Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension

Aucun sommet

Ne dominent l’instant

Où t’octroyant forme

La vie te prêta vie

Les versant du monde

Et les ressources du jour

Aucun pays

Aucun périple

Ne rivalisent avec ce bref parcours :

Voyage très singulier

de la vie

Devenue

Toi

Andrée Chedid, La vie voyage

Cent poèmes pour ailleurs. Anthologie établie et présentée par Claude-Michel Cluny. Edition hors-commerce. Orphée, La Différence, 1991.