Avant le jour, Hugo von Hofmannsthal.

Oui, l’écrivain, le librettiste de Richard Strauss était aussi poète. Autant le dire tout de suite, je n’ai pas été très sensible à sa poésie, malgré une préface soulignant qu’Hofmannsthal fait le lien entre tradition romantique allemande (onirisme) et modernité (le Moi, psychanalyse).

Nicola_Perscheid_-_Hugo_von_Hofmannsthal_1910 „Nicola Perscheid - Hugo von Hofmannsthal 1910“ von Nicola Perscheid - httpimages.zeno.orgLiteraturIbighofmapor.jpg. Lizenziert unter Gemeinfre

Sa fulgurance en fait un Rimbaud autrichien :   Hofmannsthal a écrit la totalité de son oeuvre poétique entre 16 et 26 ans (merci la préface). C’est par amour absolu
de la poésie qu’il ne poursuivra pas. Je ne sais pas ce que cet abandon signifiait exactement pour Hofmannsthal, mais je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à une rupture amoureuse à l’apogée d’une relation : tout ce qui suivra ne sera plus jamais aussi intense et beau que ce qui a précédé, et l’être aimé ne méritant pas moins, on le quitte. Logique.

Peu touchée par l’écriture d’Hofmannsthal, c’est donc une lecture plus analytique qui a pris le dessus. Ne nous emballons pas, je ne parle pas du tout d’une analyse littéraire digne d’une épreuve d’agrégation, non, juste de quelques détails relevés qui me semblent intéressants.

Kind, Kinder, Mädchen sont des mots récurrents tout au long le recueil. Que désignent-ils ? Jamais de vrais enfants, ou alors leurs parents devraient s’inquiéter… . Des figures inquiétantes, mi-métaphores, mi-esprits…des allégories (mais de quoi ?) version romantique, c’est à dire ectoplasmiques.

Hofmannsthal aime tellement le mot diapré (je vais vous faire profiter du Littré, consulté pour l’occasion :  » diapré-e-s  ; marqué de couleurs diverses’) qu’il le place, l’air de rien, à plusieurs endroits. Le jeu consiste à le repérer, comme Charlie. J’ai relevé coquillages diaprés, vêtement diapré, lèvres diaprées. (Note à moi-même : essayer de le caser dans une conversation cette semaine, et observer l’effet)

Hugo von Hofmannsthal in seinem Garten in Rodaun source Bildarchiv ONB WienLà ce n’est un seul mot qu’il aime, mais un très beau vers : « de la même étoffe que les songes« . On le retrouve dans le poème Sur la fugacité des choses (nous sommes de la même étoffe que les songes. Wir sind aus solchem Zeig wie das zu Träumen) et dans le poème Dialogue (Que tout ce qui vit est de la même étoffe que les songes, et se dissout de la même façon. Dass alles Lebende aus solchem Stoff wie Träume und ganz ähnlich auch zergeht). Cette fois-ci, il est plus subtil (Level 2) car en allemand, il introduit une petite variante que le traducteur a choisi d’ignorer, au profit de la répétition du même vers.

Si je ne retiens que ce seul vers, alors la lecture de ce recueil n’aura pas été vaine. De toute façon, on ne perd jamais son temps avec la poésie.

N.B. Un mot sur la lectrice. Eliane est bilingue francais-alsacien. Elle pense et parle quotidiennement dans ces deux langues. L’allemand n’est donc pas un problème pour elle. En feuilletant le recueil, elle a été saisie par ce court poème. Ce poème décrit « exactement » son sentiment de révérence pour la nature. Et moi, connaissant Eliane, je sais qu’Hofmannsthal aura toujours sa voix quand je le relirai. Merci maman.

couv_Orphee_HofmannsthalHugo Von Hofmannsthal, Avant le jour. Traduit et présenté par Jean-Yves Masson. Editions de La Différence (Orphée), 1992. 189 p.