Chansons et Mythes / William Blake

Pour me lire le poème Le tigre de William Blake 1757-1827), il fallait un enfant. C’est donc à Vincent, 10 ans, qu’a échu cette tâche. Il s’y est consciencieusement appliqué, même si, de son propre aveu, il n’a pas compris grand chose . Moi non plus, à vrai dire.

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Blake l’ésotérique

On peut lire Blake comme quelqu’un de fasciné par la spiritualité façon Swedenborg. Les sphères spirituelles (le monde d’en haut) ont nourri son travail de graveur/illustrateur/poète. C’était aussi un fervent partisan de l’amour libre (les hippies n’ont rien inventé). Dire que le mariage ne l’emballait pas trop est un euphémisme. Juste pour le situer, il était contemporain de la féministe Mary Wollstonecraft Senior (la mère de Mary W. Junior, qui a écrit le premier roman de science-fiction, Frankenstein) Pour se faire une idée de cette période bouillonnante de création littéraire, artistique, d’idéal communautaire racontée en un roman, ça donne Le livre des enfants de A.S. Byatt.

William Blake by Thomas Phillips, oil on canvas, 1807

Blake pour les enfants

Ce qui m’intéresse, c’est sa poésie à hauteur d’enfant (enfin, d’enfant du 19e), celle qu’on trouve dans Songs of innocence / Songs of experience. Pendant mes etudes, j’avais suivi un cours sur l’histoire de la littérature jeunesse anglo-saxonne, où ont été abordées quelques théories de l’éducation et de la formation (Locke, Rousseau et…les autres). Pendant longtemps, ça n’a pas été très drôle pour les enfants, qui, s’ils survivaient aux maladies infantiles, étaient priés de devenir adultes le plus vite possible. Les premières théories pédagogiques adaptées à l’enfance s’élaborèrent au 18e siècle, et peu de temps après paraissaient les premiers livres pour enfants. Sans être un poète pour enfants, Blake à tout pour leur plaire. Dans Songs of innocence / Songs of experience, d’où est tiré Tyger, dont le Y au lieu du I a suscité autant d’interprétations que le sourire de La Joconde, il fait non seulement des enfants un thème central, mais emploie leur langage, et rythme souvent ses poèmes comme des comptines. Tout ça est expliqué dans cet article (en anglais) histoire de prouver que je ne raconte pas tout à fait n’importe quoi.

P.S Vincent, j’ai ignoré les autres articles en souffrance (Omar Khayyam, Sohrab Sepehri) pour écrire « le tien » le plus vite possible. Juste pour toi.

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Chansons et mythes / William Blake. Traduit de l’anglais et présenté par Pierre Boutang. Orphée, La Différence, 2013 (2e edition)