Douze poèmes/ Friedrich Holderlin

« Dans la vie, tout se mêle. On pense à Hölderlin en faisant les courses. » Karl Ove Knausgaard

Mon grand-père René est le lecteur du poème « Moitié de la vie » (Hälfte des Lebens). Pour être tout a fait honnête, j’ai d’abord pensé à Goethe parce que René sait chanter HeidenRöslein (en polyphonie avec ses soeurs) qui a été mis en musique par Schubert. Mais c’était avant de lire Élégies romaines,  le seul recueil de Goethe édité chez Orphée.

C’est … chaud !

Hoelderlin_1792

Holderlin 1792, par Franz Carl Hiemer. source wikipedia.

Comme je me voyais mal faire lire des poèmes érotiques à mon grand-père, même du 18e siècle, même de Goethe, je me suis rabattue en catastrophe sur Hölderlin, que j’avais aussi amené avec moi ce jour là.

Revenons à mon lecteur. René est alsacien, né en 1930, ce qui signifie qu’il a commencé sa scolarité en français, et l’a achevée en allemand.

Lorsque Hitler a annexé  l’Alsace et une partie de la Lorraine (la Moselle), sa population est devenue de facto allemande :  administrations, institutions, le nom des rues, le nom des gens (René Nicolas W. est devenu Renatus Niklaus W.), tout a été germanisé.

Pour René, l’école pendant la guerre se résumait à deux heures  par jour de géographie (les avancées sur le front). Il se souvient avec affection de l’instituteur : un soldat allemand, « pas un nazi », qui, avant la guerre, était projectionniste dans un cinéma à Heidelberg.

Il a fini sa scolarité en parlant le français comme une langue étrangère. 70 ans après, il dit toujours « je va aller à la messe » -sans parler de l’accent 😉

Hälfte_des_Lebens

J’ai du attendre la fin de la sieste. On s’est installé tous les trois (avec ma grand-mère, silencieuse mais très attentive. J’aurais bien aimé lui faire lire le poème en français, mais elle a décliné) dans la stub ( le petit salon), où seul le modèle du téléviseur a changé.  Premier problème : en édition de poche, le texte est imprimé en tout petits caractères, impossible pour René de le lire.

L’autre difficulté, outre le poème recopié (à la main) à déchiffrer, c’est le niveau de langue. Peu familier de poésie, le mot  » heilignüchterne » (traduit par salutairement), l’a laissé perplexe, et il a « éternué » le mot plusieurs fois avant d’y arriver (essayez un peu pour voir : HhhaïlichNUCHtairnai).

Je crois qu’il était content de l’avoir fait (je l’ai pris de court, ça c’est sûr), et moi, contente d’avoir un peu insisté.

J’espère que la famille sera dûment impressionnée (et un peu hilare sans doute) en écoutant René lire du Hölderlin !

couv Friedrich HolderlinDouze poèmes de Friedrich Hölderlin. Traduit de l’allemand par François Fédier. La Différence (Orphée), 1992.